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14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 08:51

14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 06:06

 

Vous voulez mettre l’immigration au centre de votre projet présidentiel. Qu’est-ce qui vous a amené à lui donner cette place ?

Je vais vous raconter une histoire. J’étais à Sarcelles (Val d’Oise) il y a quelques mois. J’ai été invité dans un appartement où des retraités m’ont reçu très gentiment. Elles se sont installées à Sarcelles dans les années 60. Dans la conversation, je leur parle de l’école que je venais de visiter. En quelques secondes leur visage a changé. Pendant une heure, elles m’ont dit ce qu’elles avaient sur le cœur, l’angoisse de se faire agresser en rentrant chez elles, les heures passées dans le supermarché à se faire bousculer par des gens qui ne les respectent pas et les doublent pour aller payer aux caisses. Elles me disaient : « on n’est plus chez nous, on va être obligées de s’en aller ». Je ne veux pas que certains se sentent étrangers dans leur propre pays et que la xénophobie déchire la République.

Concrètement, que voulez-vous faire ?

Je veux que la politique d’immigration devienne, au même titre que la politique économique ou de défense, une politique d’Etat. C’est au peuple français de décider de son avenir, du visage qu’il veut donner à notre société. Je propose donc que le Parlement organise un débat chaque année sur la politique nationale d’immigration, sur le nombre d’immigrés que nous pouvons accueillir, les qualifications professionnelles qu’on veut privilégier et les régions du monde vers lesquelles on veut se tourner. La France n’a pas les mêmes contraintes que l’Allemagne. L’Allemagne a délivré cette année 800.000 titres de séjours pour compenser la baisse de sa démographie. Nous avons la démographie la plus dynamique de tous les pays européens donc nous n’avons pas besoin d’immigration pour compenser le vieillissement de la population. Nous nous avons le taux de chômage le plus élevé de tous les pays européens. Et une situation économique et sociale très dégradée. Nous ne sommes pas en mesure d’offrir un travail, un logement, un accès à toutes les prestations sociales à tous ceux qui aspirent à s’installer sur notre territoire. Nous sommes depuis un siècle et demi un pays d’immigration. Dans certaines parties de notre territoire, vivent un nombre très important de personnes étrangères ou d’origine étrangère avec des risques de plus en plus évidents de développement d’un communautarisme totalement contraire à ce qui fonde la République. Pour toutes ces raisons je veux qu’on inscrive dans la Constitution le principe que notre politique d’immigration dépend de la capacité d’accueil et d’intégration de la France.

Il faudra donc instaurer des quotas ?

Oui, au moins à titre d’objectifs et de références pour les services de l’Etat. Chaque année le Parlement fixera des quotas qui seront adaptés en fonction de la situation du pays. Et pour que le Parlement puisse fixer ces objectifs, il faut qu’il ait une connaissance précise du nombre de ressortissants étrangers, de leur origine et de leur répartition géographique.

Donc vous êtes favorable aux statistiques ethniques ?

Prendre en compte race ou ethnie serait contraire à notre tradition républicaine. Mais, comme dans d’autres pays, il faudra autoriser les statistiques d’origine (nationalité, origine géographique…), seul moyen de définir une politique d’Etat en matière d’immigration. Le comité présidé par Simone Veil l’a proposé en 2008. Nous avons besoin d’une vision précise de la diversité qui constitue la réalité sociale de notre pays. D’ailleurs ce débat au Parlement aurait beaucoup de vertu pédagogique. Il permettrait de démontrer que les craintes de nos concitoyens dans certains quartiers ne sont pas des fantasmes mais correspondent à une réalité démographique.

Ce débat serait suivi d’un vote ?

Bien sûr. Ensuite la décision du Parlement s’imposera aux services de l’Etat dans la mise en œuvre de la politique d’immigration.

Ce pilotage ne concernera que l’immigration économique du coup !

Non, pour moi il doit s’exercer d’une manière globale sur toutes les formes d’immigration. La politique d’accueil des étudiants ne pose pas de problème. Nous avons même augmenté le nombre d’étudiants étrangers pendant le dernier quinquennat contrairement à une idée reçue. Nous avions aussi augmenté l’immigration professionnelle. Le problème vient de l’immigration familiale qui représente près de la moitié du nombre d’entrées. IL faut d’abord s’occuper du rapprochement familial. Ce sont les personnes qui viennent en France parce qu’elles ont épousé un Français ou une Française. Et cela représente aujourd’hui la moitié de l’immigration familiale. Je propose que l’on durcisse les conditions de toute l’immigration familiale. Elle doit être conditionnée à une véritable évaluation des perspectives d’intégration de la famille en France. Le regroupement familial qui ne représente plus que 12% du total doit aussi être contrôlé. Je propose d’en rendre plus sévères les conditions en ce qui concerne les ressources, le logement, la durée de résidence du regroupant et la maitrise de la langue française par l’ensemble de la famille. L’Allemagne impose 600 heures d’apprentissage de la langue. Soit plus de deux fois plus que nous. Et 60h de cours d’orientation, d’instruction civique, de morale… Dix fois plus que nous. J’entends faire financer cet effort par une augmentation des taxes qui sont acquittés par les candidats à l’obtention d’un titre de séjour.

Ce sera suffisant pour limiter l’immigration familiale ?

L’immigration doit cesser d’être une charge. Je veux que les gens sachent à l’avance que l’on ne peut pas débarquer en France et aller tout de suite au guichet, chercher des aides sociales, des aides au logement et des allocations familiales. Il y a une nécessité absolue : rendre moins attractives les politiques sociales de notre pays. Je propose qu’on ne puisse pas avoir accès ni aux prestations d’aides sociales, ni aux allocations familiales, ni aux aides au logement moins de deux ans après l’arrivée régulière sur le territoire. Naturellement, pour les allocations où existe déjà une durée plus longue, elle sera maintenue.

Il y a aujourd’hui environ 200000 entrées par an. Compte tenu de la situation économique de la France, quel est le chiffre auquel il faudrait arriver ?

Je veux que le chiffre soit adapté à la situation économique de la France. Il faudrait que ce chiffre soit beaucoup plus faible. En Grande-Bretagne, ils sont passés de 230 000 en 2010 à 150 000 en 2012. Depuis 2005 nous avons mené une politique d’immigration choisie. Elle a eu des résultats contrastés, insuffisants bien sûr. Nous sommes passés pour l’immigration familiale de 88000 en 2007 à 81000 en 2012. Aujourd’hui elle a considérablement augmenté. +14% entre 2011 et 2013 !

Vous ne craignez pas d’avoir des difficultés avec la cour européenne des droits de l’homme ?

La France n’a pas de souci avec la convention européenne des droits de l’homme. Elle en a été à l’origine. En revanche, la France a un problème avec le gouvernement des juges européens. Je pense notamment à la question des syndicats dans l’armée, à celle de la GPA et bien sûr du regroupement familial. Il y a aujourd’hui suffisamment de pays européens qui ont un problème avec cette juridiction pour que la France pose la question de son fonctionnement. Si jamais nous n’étions pas entendus, ou qu’on nous refuse la discussion, à ce moment-là il faudrait brandir la menace d’un retrait-retour.

C’est-à-dire ?

La France se retire mais adhère immédiatement à nouveau avec des réserves sur tous les sujets qui nous posent problème. J’ajoute que la France doit se battre pour que l’Union européenne ne devienne pas membre de la CEDH. Car sinon cela impliquerait que toutes les décisions relevant de l’UE soient soumises au contrôle de la CEDH.

Comment imposerez-vous ce choix en France ?

Je l’intègre au cœur de mon projet présidentiel. Pour que l’élection présidentielle soit un choix clair sur ce sujet comme sur beaucoup d’autres.

Un rapport parlementaire a mis en lumière les dérives du droit d’asile. Que proposez-vous ?

L’asile est un droit sacré, constitutif de l’identité française. Le sacrifier serait contraire à toutes nos valeurs. Il n’en reste pas moins que 80% des demandes d’asile ne sont pas aujourd’hui justifiées. Malgré tout, les demandeurs définitivement déboutés restent sur le territoire national. Je propose qu’il n’y ait plus qu’un seul guichet pour leur accueil et que la durée de l’instruction des dossiers soit limitée à six mois comme nous le demande l’Europe. Je propose aussi la refonte totale de l’hébergement des demandeurs d’asile. Il doit se faire impérativement et uniquement dans des centres dédiés avec scolarisation des enfants et plus dans des hôtels pour un cout total exorbitants comme l’a montré ce rapport parlementaire. Une fois que les demandeurs auront été déboutés, leur éloignement doit être systématique. Le Royaume-Uni et l’Allemagne sont à peu près à 80% de reconduites à la frontière. Nous atteignons péniblement 20%. Il faut donc généraliser la rétention administrative. Les déboutés auront un mois pour quitter le territoire et s’ils ne l’ont pas fait, il faut les y contraindre. Ils seront placés dans un centre de rétention administrative puis reconduits à la frontière.

Comment comptez-vous lutter contre l’immigration illégale ?

Il faut un nouveau traité de Schengen. Ce que j’appelle un « Schengen + » pour une politique d’immigration maitrisée. La libre circulation des personnes en Europe est un progrès démocratique et il n’est pas question de revenir dessus. Mais pour mieux contrôler les frontières, je propose la création d’un corps de gardes-frontières européens. Je suggère aussi que la France prenne l’initiative d’une coopération renforcée avec les pays avec lesquels il y a réellement un problème c’est-à-dire l’Italie, l’Espagne, la Grèce et Malte.

Dans le nouveau traité, je veux qu’on introduise aussi la suspension temporaire de la participation à Schengen des pays qui seraient dans l’incapacité d’assurer le contrôle de leur frontière. Je veux pouvoir rétablir les contrôles à une frontière de manière temporaire pour lutter contre des afflux d’immigrés clandestins. Enfin, le retour des trois djihadistes dans notre pays a montré un véritable problème de fonctionnement de notre contrôle. Je propose qu’on investisse dans la mise à niveau des systèmes informatiques du Quai d’Orsay et du ministère de l’Intérieur de manière à ne plus jamais se trouver dans une situation comme celle-là.

Comment régler les problèmes posés par les populations roms ?

C’est un problème européen qui doit être pris en charge au niveau européen avec une politique sérieuse de réinsertion de ces minorités dans leur pays d’origine. Il faut déjà absolument éviter que la Roumaine et la Bulgarie entrent dans Schengen ! Nous avions mis en place une politique d’aide au retour qui n’était pas la panacée. Mais elle avait un avantage car elle permettait aux préfets d’organiser régulièrement des retours groupés. Cette politique a été supprimée.

Parce qu’ils revenaient en France!

J’en suis conscient ! Mais en même temps cette politique n’a pas été remplacée !

Faut-il supprimer l’aide médicale d’Etat ?

Il faut supprimer l’AME. La situation est insupportable. L’AME, c’est presque un milliard d’euros de dépenses, la fraude représentant une part non négligeable. Il faut créer à la place une dispense temporaire de frais de santé limitée aux urgences sanitaires, aux maladies graves ou contagieuses et subordonnée à deux conditions pour pouvoir en bénéficier : seuls des établissements agréés, dispensaires ou hôpitaux publics, accueilleraient ces malades et l’obtention de cette dispense doit être subordonnée au dépôt d’une demande de titre de séjour dans un délai de deux mois. Cela permettra à la préfecture d’examiner la situation de l’étranger au regard du droit de séjour en vue de son éloignement effectif du territoire.

Conservez-vous la franchise de 30 euros ?

Non. Ce dispositif est lourd à gérer et ne fonctionne pas. Ce sera sans franchise parce que ce sera limité à des cas d’urgence. En revanche, l’établissement qui assurera ces soins devra, pour obtenir le remboursement auprès de la sécurité sociale, veiller à ce que le malade fasse les démarches en matière de séjour ou, s’il ne l’a pas fait, alerter la préfecture.

Vous avez été l’un des premiers à dire que vous vouliez l’assimilation. Concrètement qu’est-ce que cela veut dire ?

L’intégration a fonctionné tant que la France avait la capacité d’accueil suffisante. Ce n’est plus le cas. Je veux durcir les conditions d’acquisition de la nationalité française. Si on veut être français et donc rejoindre la communauté des citoyens de notre pays, il faut pleinement adopter les valeurs qui fondent la Nation française. Aujourd’hui les modes d’accès à la nationalité française sont trop disparates et l’acquisition de la nationalité française est presque automatique par le mariage.

Je souhaite qu’il y ait un rapprochement de la procédure d’acquisition de la nationalité pour les personnes qui sont mariés à un Français avec la procédure applicable aux autres candidats à cette acquisition et que les conditions en termes d’assimilation soient rigoureusement respectées.

Nicolas Sarkozy explique que pour devenir citoyen il faut adopter le mode de vie français justement.

Il a raison mais je fais une claire distinction entre assimilation et intégration : l’intégration est nécessaire pour délivrer un titre de séjour durable à des étrangers désireux de s’établir en France. L’assimilation est une exigence pour ceux qui veulent acquérir la nationalité française. Donner la nationalité française à des personnes qui ne sont pas assimilées, c’est risquer de bouleverser la société française et de provoquer des tensions communautaires très fortes.

Estimez-vous comme Eric Zemmour que l’Islam et la République soient incompatibles ?

Non ! C’est exactement ce qu’on disait de la religion catholique, quasiment mot pour mot, en 1793. Il y a eu des décennies d’affrontements violents entre la République et la religion catholique avant que celle-ci n’accepte les valeurs et les principes de la République. On doit exiger la même chose de la religion musulmane avec des lignes rouges infranchissables : la stricte égalité entre les hommes et les femmes, le refus du racisme et de la violence et le respect inconditionnel de la laïcité. Il n’y a pas de place dans la République pour ceux qui franchissent ces lignes rouges.

Etes-vous hostile au port du voile à l’Université ?

Je suis contre l’interdiction des signes religieux à l’Université. On a interdit le voile à l’école pour protéger des mineures contre une décision dont elles n’ont pas la maîtrise. On ne va pas réglementer la tenue vestimentaire des adultes sauf si elle met en cause la sécurité publique, comme le voile intégral.

La France a renforcé sa législation pour lutter contre les Français partis faire le djihad en Syrie. Est-elle suffisant ?

J’ai voté la nouvelle loi. Je pense qu’elle va dans le bon sens. Il faut une meilleure communication entre services de renseignements en France et une plus grande coopération avec les autres Etats concernés, par exemple les Etats-Unis.

Peut-on aller jusqu’à leur interdire de revenir en France ?

Non, c’est impossible en droit international.

Eric Ciottti a décidé de supprimer le RSA à l’un deux. Est-ce pour vous une bonne décision ?

C’est évident !

Si François Hollande revenait à proposer le droit de voter des étrangers, y seriez-vous favorable ?

J’y suis totalement hostile. Je l’ai toujours été. Le droit de vote est un élément indissociable de la citoyenneté et de la nationalité.

Alain Juppé revendique une identité heureuse ! Est-ce un concept que vous pouvez partager ?

On doit tous avoir cet objectif de parvenir à une identité heureuse. Le problème c’est que pour les Français elle est très troublée. C’est une identité qu’il faut construire.

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  • Ancien èlu.R.P.R.
1983:à PARIS-
2001: en LOIRE-ATLANTIQUE.
Ancien chargé de mission du Chêne.
Ancien chargé de mission de l'union Gaulliste de France
Actuellement: Président de l' UNC de Batz sur Mer. de puis 2004.
Président du comité UNC pour les commémorations des cérémonies du 70 em anniversaire
  • Ancien èlu.R.P.R. 1983:à PARIS- 2001: en LOIRE-ATLANTIQUE. Ancien chargé de mission du Chêne. Ancien chargé de mission de l'union Gaulliste de France Actuellement: Président de l' UNC de Batz sur Mer. de puis 2004. Président du comité UNC pour les commémorations des cérémonies du 70 em anniversaire

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