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11 septembre 2014 4 11 /09 /septembre /2014 19:19

Jeudi 11 septembre 2014 4 11 /09 /Sep /2014 15:59

 

De retour d’un déplacement en Irak et au Kurdistan début septembre, l’ancien Premier ministre défend l’idée d’une intervention militaire de la France et somme l’Europe, notamment l’Allemagne, de sortir de sa passivité.

 


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Pourquoi avez-vous voulu aller en Irak ?

Aller sur place était pour moi un moyen d’accroître la pression publique sur les gouvernements ; le nôtre et ceux de l’Europe. Les évêques français ont fait la même chose avant moi en août dernier. Leur démarche a beaucoup pesé dans la prise de conscience nationale et dans les décisions du gouvernement. Mon témoignage et mon engagement visent à tirer la sonnette d’alarme car nous sommes en alerte rouge pour les chrétiens d’Irak, mais aussi pour l’équilibre de toute la région.

 

Ce voyage était-il aussi un signal pour les catholiques de France ?

Sans vouloir réserver aux chrétiens notre regard et notre compassion – ils ne sont pas les seuls à souffrir en Irak – la France a une mission particulière envers eux que lui confère l’histoire. Au-delà de la question des chrétiens d’Orient, ce sont celles de la liberté religieuse, la liberté de conscience et la coexistence de communautés qui sont en jeu et pour lesquelles la France s’est toujours battue. Si l’État français ne se préoccupe pas des chrétiens d’Orient, quel État le fera ? La France n’est pas la seule à défendre la liberté de conscience, mais elle est historiquement en pointe. Dans beaucoup d’autres pays européens, on voit ces événements comme des drames régionaux. Or il y a un risque de basculement non seulement là-bas mais aussi chez nous, en Europe.

 

Pourquoi les chrétiens d’Orient ont-ils un rôle central dans cette région ?

Cette minorité apparaît à tort comme n’étant pas chez elle. On se dit que si les chrétiens ne peuvent plus vivre en Orient, ils reviendront en Europe... Mais ils ne sont pas européens ! Ils sont chrétiens d’Orient depuis 2000 ans ! Aujourd’hui, notre passivité risque de favoriser un affrontement entre des pays musulmans revendiquant chacun une communauté. D’un côté les chiites, de l’autre les sunnites... Si on abandonne les chrétiens d’Irak, tout le Moyen-Orient va s’embraser !

 

Le déplacement de François Hollande le 12 septembre en Irak est-il utile à vos yeux ?

Le fait d’aller en Irak oblige le Président à s’engager. Au-delà de la fourniture d’armes aux kurdes, je soutiens la participation directe des forces françaises au combat. Il faut aller plus loin que de fournir des armes au Kurdistan. Les Kurdes ne vaincront pas seuls. Ils réclament notamment un soutien aérien et de renseignements.

 

Vous soutenez un engagement direct de la France ?

La première urgence est d’apporter aux populations un soutien humanitaire. Et aussi un soutien militaire puissant. J’étais contre un engagement de la France en Irak en 2003. On pouvait critiquer Saddam Hussein à l’époque mais il n’avait pas d’armes de destruction massive… Aujourd’hui, Da’ech est une arme de destruction massive en Irak !

 

Soutenez-vous les demandes de droit d’asile des chrétiens d’Orient ?

Beaucoup de chrétiens m’ont confié vouloir quitter l’Irak... Ils ont le sentiment qu’il n’y a plus d’avenir pour eux. Ils sont aussi traumatisés par l’attitude de leurs propres voisins qui en ont profité pour voler leurs biens. Ils ne reviendront jamais sans la présence d’une force internationale pour sécuriser les lieux. Bref, il y a une énorme crise de confiance. Partir ou rester : il faut leur offrir le choix. On ne peut être complices d’un exode généralisé. Pour autant, si des gens, dont la vie est menacée, souhaitent venir en France et en Europe, le droit d’asile doit s’exercer pleinement.

 

L’armée française, qui a énormément souffert des coupes budgétaires sous les derniers gouvernements, a-t-elle les moyens d’être présente sur tous les fronts ?

N’exagérons pas. Une intervention française aux côtés des États-Unis dans le cadre d’une coalition internationale, avec des moyens aériens, des forces spéciales et des livraisons d’armes, ce n’est pas insurmontable ! Ce qui, en revanche, est lourd, c’est de déployer beaucoup de monde sur le terrain. En Irak, compte-tenu de l’insécurité, il faudrait des effectifs très importants. Nous ne sommes pas au Mali. Il est hors de question d’intervenir à Mossoul avec 3000 hommes, ce serait un massacre.

 

Mais l’Europe ne laisse-t-elle pas la France seule en Irak ?

Il n’est plus possible que la France aille seule défendre le reste des Européens, comme nous l’avons fait au Mali ou en Centrafrique. Si les Européens ne veulent pas y aller, qu’au moins ils paient ! En particulier l’Allemagne. J’ai beaucoup de respect pour Angela Merkel. En revanche, je considère que la passivité allemande sur les crises internationales, au nom de son histoire, devient problématique. L’Allemagne, qui présente un excédent budgétaire et qui n’hésite pas, à juste titre, à nous demander de faire des efforts sur le plan économique, ne peut pas refuser systématiquement d’engager des forces dans les conflits. Si une coalition internationale s’engage en Irak, l’Allemagne doit y participer.

La passivité de l’Union Européenne pose aussi question. Sur le front des réfugiés, elle pourrait prendre en charge les dépenses humanitaires. Faute d’avoir une armée, elle pourrait assumer les charges financières des États engagés. Malheureusement, de nombreux pays, notamment en Europe du Nord, ne se sentent pas concernés. Cette affaire touche pourtant le monde entier, et l’Europe au premier chef.

 

Selon Bernard Cazeneuve, le nombre de djihadistes français est estimé à 800 individus.  La France a-t-elle les moyens, et la possibilité réelle, d’éviter des actes terroristes sur son territoire ?

 

Ce chiffre est en-dessous des réalités. Les informations que j’ai pu recueillir auprès des services kurdes laissent entendre que plus de 10 000 étrangers auraient rejoint les rangs de Da’ech. La menace est considérable et cette question est évidemment préoccupante pour la sécurité de nos pays.

La première chose à faire, c’est d’aller les combattre sur place. Sur ce point-là, nous ne devons pas avoir d’état d’âme. Ensuite, la France doit renforcer sa législation. Bernard Cazeneuve doit présenter la semaine prochaine à l’Assemblée nationale un texte pour criminaliser le fait d’avoir l’intention de rejoindre cette guerre. Il suggère aussi de retirer les passeports de ces djihadistes français et, dans un certain nombre de cas, de demander la déchéance de leur nationalité.

 

Que pensez-vous de la Turquie qui a la réputation d’une passoire pour les candidats au djihad ?
Nous devons renforcer la coopération avec la Turquie. Comment se fait-il que ce pays, très fortement administré, laisse passer autant de djihadistes à ses frontières ? Est-ce parce des fonctionnaires font mal leur travail ou est-ce une politique cachée pour soutenir des mouvements qui veulent la chute de Bachar el-Assad ? Il y a une ambigüité à lever.

 

Le 9 septembre, les musulmans de France ont lancé l’appel de Paris en faveur des chrétiens d’Orient. Est-ce un tournant pour l’islam de France ?

L’extrême violence de Da’ech peut contribuer à une prise de conscience des responsables religieux. Plusieurs chefs religieux et pays musulmans ont condamné ces agissements mais pas tous. En France, l’enjeu est considérable.

 

La diplomatie française peut-elle à la fois soutenir les chrétiens d’Orient et commercer avec certaines monarchies du Golfe qui ont soutenu Da’esh pendant des années ?

Il faut mettre ces pays devant leurs responsabilités. Et je propose d’aller plus loin en demandant au gouvernement français de saisir le Tribunal pénal international (TPI) contre les auteurs des crimes commis en Syrie et en Irak. Cela concerne aussi les États qui s’en rendent complices. Si ces États ne craignent pas d’éventuelles sanctions économiques ou commerciales, la perspective qu’un jour, lors d’un déplacement à Paris, à Londres ou à Bruxelles, leurs représentants puissent être arrêtés et traduits devant le TPI leur fait peur.

 

La Russie peut-elle jouer un rôle dans une éventuelle coalition internationale ?

Je reste persuadé que si nous avions pris la peine de nous asseoir autour d’une table avec les Russes il y a deux ans sur la question syrienne, plutôt que de les mépriser, nous aurions pu résoudre la question du départ de Bachar el-Assad et la mise en place d’un régime de transition. Je ne défends pas la politique de la Russie, notamment en Ukraine, mais c’est une erreur de s’engager dans un bras de fer inutile et sans issue avec la Russie, alors qu’elle est indispensable pour peser sur la situation au Proche-Orient. Nous devons faire cause commune face à la montée du péril djihadiste

François FILLON

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  • Ancien èlu.R.P.R.
1983:à PARIS-
2001: en LOIRE-ATLANTIQUE.
Ancien chargé de mission du Chêne.
Ancien chargé de mission de l'union Gaulliste de France
Actuellement: Président de l' UNC de Batz sur Mer. de puis 2004.
Président du comité UNC pour les commémorations des cérémonies du 70 em anniversaire
  • Ancien èlu.R.P.R. 1983:à PARIS- 2001: en LOIRE-ATLANTIQUE. Ancien chargé de mission du Chêne. Ancien chargé de mission de l'union Gaulliste de France Actuellement: Président de l' UNC de Batz sur Mer. de puis 2004. Président du comité UNC pour les commémorations des cérémonies du 70 em anniversaire

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