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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 19:34

Jeudi 2 octobre 2014 4 02 /10 /Oct /2014 17:29

Interview accordée au Journal des entreprises

 

François Fillon l'assure : à force de réformes, la France peut redevenir en dix ans la première puissance européenne . Et les PME seront au coeur de cette bataille pour la croissance.


François Fillon, avant d’aborder la situation actuelle du pays, revenons sur votre passage à Matignon. Il y a peu, vous avez concédé que vos réformes lancées en tant que Premier Ministre n’avaient pu malheureusement « changer la donne ». Quel est votre plus grand regret en la matière ? Et dans quel « piège à réforme » ne tomberiez-vous plus si jamais vous reveniez en position de diriger ?
Je suis lucide sur les réussites et les revers du quinquennat précédent. Mon principal regret, c’est de ne pas avoir profité de la crise de 2008 et 2009 pour sortir des 35 heures et assouplir le marché de l’emploi. Il y avait une fenêtre d’opportunité pour convaincre les Français que c’était une question de survie. Au même moment, nous avions choisi de faire sauter le verrou de la retraite à 60 ans. Nicolas Sarkozy a estimé que le pays ne supporterait pas deux réformes aussi lourdes. Quant au «piège à réforme» dont vous parlez, il y en a un qui est de croire que le dialogue social peut totalement se substituer à la décision politique. Sur la réforme de la formation professionnelle comme sur la gestion des demandeurs d’emploi, on a principalement fait confiance aux partenaires sociaux pour dégager des solutions. C’est un signe positif que syndicats et patronat arrivent à des consensus. Mais ce ne sont que des compromis, alors qu’il faut revoir de fond en comble notre système économique et social. D’une manière générale, il faut avoir l’honnêteté de dire que la rupture promise en 2007 n’a pas été vraiment au rendez-vous. La crise explique bien des choses, mais pas tout… Lorsque j’ai parlé d’un «Etat en faillite», on me l’a reproché. Il y avait cette idée bien française que l’urgence peut encore attendre.


Parlons maintenant de la mandature Hollande. Comment imaginez-vous l’état économique de la France en 2017, lorsque s’achèvera le quinquennat en cours ?
Avec 0% de croissance, 500.000 chômeurs de plus depuis 2012, une dette qui atteindra bientôt 100% du PIB, il faudrait un sursaut, mais rien ne vient. A l’Elysée, on n’est pas en guerre contre la déflation ! On est dans la logique du «temps laissé au temps» et dans l’espoir d’une improbable éclaircie. On attend tout du pacte de responsabilité annoncé il y a 9 mois et dont les éventuels bénéfices n’interviendront que dans 12 mois minimum. On prie chaque mois pour que le chômage soit freiné par l’utilisation massive des emplois subventionnés par l’Etat. On prend passivement acte de l’augmentation de nos déficits et on implore Bruxelles d’excuser notre laxisme. Et puis, on espère tout de la BCE comme si elle pouvait à elle seule relancer la France.


François Hollande pense que le plus dur est derrière nous, mais je suis plus prudent. Je vois chaque semaine des dizaines d’entrepreneurs qui me disent que l’avenir reste sombre. Pour relancer l’investissement, il aurait fallu que le pacte de responsabilité soit immédiatement et sans contreparties déjà en place. Pour réduire sérieusement le chômage, il faut au moins 1,5% de croissance. On en est loin, et, dès lors, rien n’indique que nous ayons touché le fond ! Quant à nos taux d’intérêts, qui sont aujourd’hui très bas, gare aux retournements ! Pour que nos taux n’augmentent pas, encore faudrait-il rassurer les investisseurs sur la solidité budgétaire de la France… Bref, je crains que les deux années qui viennent soient médiocres. La France va sortir de ce quinquennat très affaiblie.

Pensez-vous qu’Emmanuel Macron, le nouveau Ministre de l’Economie, peut apporter une différence ?
Dans le ton peut-être, mais sur le fond il n’est que l’interprète d’une stratégie indécise qui n’ose pas aller à fond vers une politique de l’offre. Ceci dit, il connait les réalités de l’économie et j’espère qu’il nous dispensera des tirades démagogiques qui minent le moral des entrepreneurs et des investisseurs.


Pour vous, quelle est la pire mesure économique prise par François Hollande à ce jour ? Et la meilleure ?
La pire mesure ? J’en vois deux. D’abord d’avoir supprimé la TVA compétitivité que nous avions mise en place. Elle aurait permis une baisse des charges immédiate. Et puis, l’erreur fatale c’est d’avoir assommé la France d’impôts dans l’espoir de pouvoir réduire nos déficits sans avoir à réformer vraiment. Cette avalanche fiscale a brisé le maigre fil de la croissance qui existait en 2012.


Pensez-vous que la France puisse un jour être dirigée par un gouvernement de coalition, à l’Allemande ?
C’est peu probable car avec l’élection présidentielle et le scrutin majoritaire, notre système institutionnel, se prête peu à des coalitions. J’ajoute qu’en Allemagne, il existe un consensus transpartisan sur l’économie de marché et un dialogue social très fort. Chez nous, une large partie de la gauche a encore du mal à se dire social-démocrate ! Mais c’est vrai, je regrette le climat d’affrontement qui est parfois caricatural.


Récemment, j’ai proposé à François Hollande de définir un agenda national qui pourrait fédérer les bonnes volontés. Il serait ciblé sur des réformes fondamentales pour redresser la France: assouplissement rapide du marché de l’emploi, baisse immédiate et sans contreparties du coût du travail, réduction forte des dépenses publiques… Malheureusement, le Président n’a pas l’audace de comprendre qu’il doit sortir de son bunker et repenser sa politique économique. 

 

Tournons-nous maintenant vers l’avenir. Candidat déclaré aux primaires de l’UMP pour la présidentielle, vous allez annoncer prochainement votre projet pour la France. Un objectif est déjà annoncé : 100 milliards d’économies sur cinq ans. Cela suppose fatalement une réduction du nombre de fonctionnaires. De quel ordre serait-elle et que prévoyez-vous pour maintenir une qualité du service public ?
Aujourd’hui, l’Etat croule sous les pesanteurs, les déficits. Nos fonctionnaires sont les plus nombreux parmi les administrations européennes, mais ils ont sentiment d’une paupérisation. Oui, pour redresser nos comptes cela suppose une réduction du nombre de fonctionnaires, et pas seulement de l'Etat, car c'est toute la fonction publique et notamment celle des collectivités territoriales qui doit participer au mouvement d'économie. Des marges de manœuvre importantes existent. Elles représentent nettement plus que les 150.000 emplois supprimés entre 2007 et 2012 sur le seul Etat, puisque le champ doit s'étendre à l'ensemble des pouvoirs publics. Il faut des réformes de structure, il faut replacer le temps de travail de la fonction publique à 39h, faire le tri dans les statuts, valoriser parallèlement les carrières des agents publics, donner plus d’autonomie à nos établissements scolaires… L’enjeu n’est pas seulement financier. Je suis pour un Etat fort, moderne, servi par des agents fiers et motivés.

 

Quelle sont les autres initiatives que vous préparez pour réduire le déficit français ?
Ce dont il faut être conscient, c'est qu’il faut agir sur tous les compartiments de la dépense publique. Ca ne conduit pas à faire des réformes et des économies de façon indifférenciée, ça n'est pas contradictoire avec l'idée de choix et de priorités, mais cela signifie qu'on ne peut pas considérer que telle ou telle dépense serait sanctuarisée. Tout doit être reconsidéré en vue d'un coût moindre et d'une efficacité meilleure. La dépense publique a atteint un niveau où elle n'est pas seulement trop lourde à supporter pour les contribuables, elle est aussi nocive pour l'économie et l'emploi parce qu'elle induit des désordres dans l'économie : ici elle fait monter les prix, là elle désincite au travail, ailleurs encore elle est source de gaspillage de ressources rares.


Parlons des PME françaises maintenant. Quelle place tiendront-elles de votre stratégie de relance ? Quelles propositions peuvent-elles attendre de votre part ?
Nos PME sont évidemment au cœur de la bataille pour la croissance et l’emploi, et pour elles que j’ai commencé à bâtir un projet précis et percutant.  Pour remobiliser la force de travail de la France, il faut lever définitivement le verrou des 35 heures. Pas de façon dirigiste et uniforme, mais par le biais d’accords d’entreprise qui définiront le seuil effectif de déclenchement des heures supplémentaires, l’annualisation ou la modulation du temps de travail et la compensation salariale éventuelle. Tous les chefs d’entreprise le disent : il faut aussi décomplexifier notre code du travail qui est devenu un maquis infernal. Moi, je propose de refonder le code du travail sur ce qui relève des normes sociales fondamentales et renvoyer le reste des dispositions à la négociation en entreprise. C’est une révolution, mais je l’assume au nom de la croissance et de la lutte contre le chômage !  On le sait, les instances représentatives du personnel se sont multipliées et les contraintes sont devenues exorbitantes. Il faut relever les seuils sociaux de 10 à 50 salariés et de 50 à 100 salariés ; donner la possibilité aux accords d’entreprise de fixer l’architecture des instances représentatives du personnel ainsi que les modalités de leur consultation.  Et puis il y a la question du coût du travail qui reste centrale. Il faut alléger fortement les prélèvements pesant sur les entreprises en les alignant sur les pratiques des pays européens comparables. Cela signifie trois choses : réduire le taux de l’IS et en élargir l’assiette ; revoir ses caractéristiques économiques de façon à stimuler le renforcement des fonds propres plutôt que l’endettement ; supprimer 15 milliards d'euros de taxes diverses pesant sur les entreprises.  Reste, le financement de l’économie française. Nos jeunes entreprises ont du mal à se développer et à atteindre la taille critique parce qu’elles rencontrent des difficultés pour financer les étapes de leur croissance. Il faut refondre la fiscalité du capital afin de réorienter l’épargne française vers l’investissement productif ; renforcer les dispositifs incitatifs à l’investissement direct dans les PME selon des modalités utilisées avec succès dans d’autres pays Européens, et je pense ici, à l’Employment Investment Scheme (EIS) au Royaume Uni, qui permet à des investisseurs privés d’investir sous forme d’actions ou d’obligation dans des TPE et des PME en apportant une garantie sous forme de crédits d’impôt pour des montants pouvant aller jusqu’à 1 M£.


Pensez-vous que les industriels français peuvent encore peser en solo au niveau mondial ? Ou devons-nous plutôt privilégier l’émergence de conglomérats européens, à l’image d’Airbus ?
Nous avons des champions nationaux qui peuvent agir en solo, et d’autres qui sont obligés d’avoir une taille critique au niveau européen. Mais, sauf exception, je crois moins à la pertinence des mécanos industriels, pilotés par le haut, qu’à l’harmonisation, au niveau européen, du tissu économique, légal, fiscal et social des Etats. Il faudrait que la France et l’Allemagne ait la volonté de faire converger leurs règles fiscales et sociales. Pour nos entrepreneurs, ce serait le meilleur tremplin pour bâtir des stratégies d’alliance ou de fusion.


Quelle serait la position d’un François Fillon président par rapport au partenaire Allemand ? Sommes-nous trop à son écoute ?
Contrairement à certains, je n’accuse pas les Allemands d’avoir eu le cran et la sagesse de se réformer et de réduire leurs déficits. Je suis consterné de voir notre gouvernement accuser Berlin d’être un frein à la croissance alors que c’est notre pays qui est devenu l’homme malade de l’Europe. Bien sûr qu’il peut y avoir des débats serrés avec les autorités allemandes. Il est normal qu’il y ait parfois des bras de fer. Mais pour que le point de vue de la France soit entendu et respecté, il faut que notre nation soit forte, compétitive, maîtresse de sa souveraineté financière. Il n’y a pas de secret dans les relations entre nos deux Etats : il faut l’amitié mais aussi une puissance comparable, sinon le couple franco-allemand est déséquilibré. Plus la France sera économiquement forte, plus nos partenaires européens seront rassurés et disposés à agir avec elle. Avec des réformes vigoureuses et grâce à ses ressources, notre pays peut effectuer son retournement en deux ans, se redresser en cinq ans, et en l’espace de dix ans, la France peut être la première puissance européenne. C’est ça ma conviction et mon objectif.

 

 

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  • Gaullistes de Bretagne et Pays de la Loire
  • Ancien èlu.R.P.R.
1983:à PARIS-
2001: en LOIRE-ATLANTIQUE.
Ancien chargé de mission du Chêne.
Ancien chargé de mission de l'union Gaulliste de France
Actuellement: Président de l' UNC de Batz sur Mer. de puis 2004.
Président du comité UNC pour les commémorations des cérémonies du 70 em anniversaire
  • Ancien èlu.R.P.R. 1983:à PARIS- 2001: en LOIRE-ATLANTIQUE. Ancien chargé de mission du Chêne. Ancien chargé de mission de l'union Gaulliste de France Actuellement: Président de l' UNC de Batz sur Mer. de puis 2004. Président du comité UNC pour les commémorations des cérémonies du 70 em anniversaire

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