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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 13:40
~~ 19 juin 2015 Il faut penser l’Europe continentale Discours prononcé ce matin dans la cadre du du St. Petersburg International Economic Forum Mesdames et messieurs, «Votre destin et le nôtre sont conjugués », s’exclamait le général de Gaulle lors de sa visite en Russie, en juin 1966. Nous étions pourtant en pleine guerre froide, mais De Gaulle pressentait l’unité historique de notre continent. C’est avec un grand plaisir que je m’exprime parmi vous, dans cette belle cité de Saint Pétersbourg que Pierre Le Grand rêvait de voir tournée vers l’Europe. Avec la chute du mur de Berlin, ce rêve s’est en partie réalisé. Les échanges entre l’Europe et la Russie se sont multipliés, les liens économiques, scientifiques et culturels se sont amplifiés comme jamais. Mais ce rêve est aujourd’hui en danger. Nos relations diplomatiques sont tendues. Nos échanges sont freinés par les sanctions. Chacun semble camper sur ses positions. Certains parlent même d’une nouvelle guerre froide alors que nous sommes de plus en plus interdépendants les uns des autres. Défi de la croissance, défi énergétique, défi écologique, défi de la stabilité du Proche et Moyen Orient : ces grands enjeux de notre époque exigent une collaboration forte ! Au lieu de cela, nous agissons chacun avec nos priorités et nos intérêts propres, comme si nous étions des adversaires. Le G8 est devenu le G7. L’Occident se demande ce que veut la Russie et la Russie se demande ce que trame l’Occident. Je caricature à peine… Comment en sommes-nous arrivés là ? Les responsabilités sont partagées. Du côté des européens, des maladresses ont été commises, faute d’avoir cherché à comprendre la psychologie russe, avec son histoire, avec ses craintes et ses espoirs, avec son propre rythme démocratique. L’Otan s’est élargie sans complexes ; sans précautions vis-à-vis des russes qui, à tort ou à raison, ont vu dans cet élargissement un encerclement. Les Etats-Unis ont tenté, souvent maladroitement, de jouer les gendarmes d’un monde qui leur échappait. A l’ONU, les règles internationales furent parfois à géométries variables. Et, en la matière, je ne puis reprocher aux autorités russes d’avoir dénoncé la seconde guerre en Irak et d’avoir mis en garde, non sans quelques arrières pensées, la communauté internationale sur les limites du droit d’ingérence. L’Union européenne, quant à elle, s‘est agrandie à grande vitesses, promettant même l’impossible à l’Ukraine, sans offrir en parallèle à la Russie un partenariat politique et économique digne de ce nom. De son côté, Moscou, selon moi, s’est concentré sur son redressement patriotique, il est vrai éprouvé par la fin de l’empire soviétique. Mais du patriotisme au nationalisme, la frontière est étroite… La Russie est-elle européenne, asiatique, ou elle est-elle une identité à part ? Cette question ne semble pas totalement close chez vous, et peu à peu, la Chine vous ouvre les bras que l’Europe ne vous a pas tendus. Au fur et à mesure, la Russie s’est sentie isolée. Elle a - pardonnez ma franchise - sur-jouée cette solitude car nul parmi nous n’envisage de l’affronter. Elle a intelligemment cherché de nouveaux espaces de développement à travers la création de l'Union économique eurasiatique et l’association des BRICS (Brésil, Russie, Inde et Chine). Et puis, elle a durci le ton et choisit de peser sur le sort de ses anciennes républiques, là où les communautés russophones l’appelaient à la rescousse, là où ses intérêts géopolitiques étaient, à ses yeux, en jeu. Bref, tout ceci à créer un mouvement divergeant entre l’Ouest et l’Est que nous ne pouvons que constater et regretter. Soyons francs : l’Ukraine constitue un clou dans le pied de la grande Europe que j’appelle de mes vœux. Le temps n’est plus de savoir qui est le coupable ou l’innocent de cette crise. Il faut en sortir, en pesant sur chacun des acteurs qui se font face. Les accords de Minsk doivent être respectés à la lettre ; les armes doivent être rangées ; les pressions internationales qui excitent les camps en présence doivent s’arrêter ; les listes noires doivent être déchirées car cela n’est pas en s’excommuniant les uns et les autres qu’on se comprendra mieux. Je suis fier d’être votre invité, mais je regrette que certains de mes compatriotes soient persona non grata en Russie. Votre pays est suffisamment fort pour accepter la critique. Pareil pour l’Europe, qui n’a rien à gagner à fermer ses frontières. La sagesse doit maintenant l’emporter. Il y a place pour une Ukraine en paix, ouverte tout à la fois à l’Europe et à la Russie. Et il y a nécessité de créer les conditions d’un partenariat renouvelé, politique et économique, entre l’Europe et la Russie. Certains me disent que c’est impossible dans les circonstances actuelles. De Gaulle parlait avec Staline, et voici qu’il ne faudrait pas chercher à travailler avec le Président Poutine. C’est absurde ! Les gouvernements sont ce qu’ils sont ; les régimes changent ; mais la Russie demeure une grande puissance avec laquelle il faut faire. Voilà ce que je crois. Rien ne serait plus dangereux pour l’Europe et pour le monde qu’un divorce entre nous. Il faut restaurer la confiance ; il faut imaginer une nouvelle structure de sécurité collective ; il faut bâtir les fondations d’un grand marché commun. Bref, il faut penser l’Europe continentale. Le monde a besoin de notre collaboration. Pourquoi ? Parce que la mondialisation part dans tous les sens. Il faut des pôles de stabilité pour canaliser l’émiettement des crises qui explosent sous les coups de la pauvreté ou des idéologies qui rêvent d’un choc entre les civilisations. En Irak et en Syrie, l’Etat islamique menace toute la stabilité de la région et la paix du monde. Pour le combattre, il faut une coalition internationale au sein de laquelle - je le dis depuis plus d’un an - la Russie et l’Iran ont un rôle à jouer pour maîtriser les forces chiites et pousser à une transition politique à Damas. Une question se pose : pour combattre Daesh, faut-il aussi combattre le régime dictatorial de Damas ou faut-il se résoudre à parler avec lui ? C’est une question de fond qui est difficile. On peut être pour ou contre, mais on ne peut pas dire «circulez, il n’y a pas à réfléchir ! » La géopolitique est faite de réalisme Si la diplomatie n’était qu’une affaire de morale, le Général de Gaulle ne se serait pas allié avec Staline pour combattre Hitler, il n’aurait pas reconnu la Chine de Mao. Le monde est devenu multipolaire, il est éclaté… On ne le comprendra pas et on ne le maîtrisera pas avec des idées binaires. Pourquoi agir ensemble ? Parce que la communauté internationale ne peut être gouvernée par un seul. Après la chute du communisme, la puissance américaine a cru pouvoir jouer le rôle d’arbitre. C’était une ambition que je conteste car le concert international a besoin d’équilibre. Mais c’était aussi un leurre, parce qu’en réalité les américains n’ont plus le pouvoir d’être partout. Les interventions en Afghanistan, en Irak, ont refroidies leurs ardeurs. Les Etats-Unis se sont recentrés sur eux. Ils n’ont plus l’influence d’autrefois au Proche Orient ; ils ont progressivement délaissés l’Europe pour l’Asie. Il n’y a pas d’hyperpuissance américaine, mais il y a, c’est vrai, un soft power efficace, dont l’Union européenne est parfois la victime, à mon sens, trop consentante. L’amitié euro-américaine n’est pas négociable, mais il est temps que l’Europe affirme sa puissance et son indépendance. Pourquoi agir ensemble ? Parce que ni l’Europe, ni la Russie ne sont aujourd’hui suffisamment assurées de leur croissance à venir pour se permettre de se négliger l’une et l’autre. D’un côté, l’Union européenne est endettée, vieillissante ; de l’autre côté, la Russie reste largement dépendante du marché des hydrocarbures, connait un problème de démographie, et voit à ses frontières, la Chine devenir «impériale». Dans vingt ans, notre continent sera-t-il en 1ère division ou bien sera-t-il déclassé par l’Histoire ? Voilà la question qui nous est posée à tous. Croire que l’on pourra la résoudre chacun dans son coin est un leurre. Notre destin est lié. Séparés nous risquons le déclin collectif, mais ensemble, nous pouvons grandir. Nous avons dans nos mains le pouvoir de la recherche, de la science, des technologies; nous avons des ouvriers et des ingénieurs qualifiés ; nous avons des entrepreneurs et des groupes industriels qui, dans les domaines de l’aéronautique, de l’espace, de l’agroalimentaire sont des géants internationaux ; nous avons nos richesses, vous avez l’espace et les ressources naturelles. En fédérant nos atouts, nous pouvons faire de notre continent la puissance incontestable du XXIème siècle. Voilà, Mesdames et messieurs, l’objectif qui devrait être le nôtre ; voilà l’ambition que je voulais partager avec vous.

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  • Ancien èlu.R.P.R.
1983:à PARIS-
2001: en LOIRE-ATLANTIQUE.
Ancien chargé de mission du Chêne.
Ancien chargé de mission de l'union Gaulliste de France
Actuellement: Président de l' UNC de Batz sur Mer. de puis 2004.
Président du comité UNC pour les commémorations des cérémonies du 70 em anniversaire
  • Ancien èlu.R.P.R. 1983:à PARIS- 2001: en LOIRE-ATLANTIQUE. Ancien chargé de mission du Chêne. Ancien chargé de mission de l'union Gaulliste de France Actuellement: Président de l' UNC de Batz sur Mer. de puis 2004. Président du comité UNC pour les commémorations des cérémonies du 70 em anniversaire

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